La nervosité du cavalier se transmet-elle au cheval? Keeling, 2009

cheval monté

Résumé

La question

Dans le milieu équestre, il est communément admis que le cheval ressent notre peur sans que cela ait jamais été étudié. Cette étude réalisée par Keeling est souvent citée sur les réseaux sociaux ou en équitation éthologique, et le degré d’interprétation des résultats fluctue grandement d’une personne à l’autre. Je [=Hélène Roche, NDLR] voulais donc passer au crible cette étude pour savoir ce qu’elle avait réellement mis en avant.

Résumé

Des chevaux sont soit menés en main (10 chevaux, 20 personnes) soit montés (17 chevaux, 17 cavaliers), à quatre reprises, sur un parcours en ligne droite et identique, au pas. Lors de leur quatrième passage, on dit au cavalier ou à la personne qui mène que l’assistant qui prenait des notes jusque là va ouvrir un parapluie quand le cheval sera à sa hauteur. En réalité, il n’ouvre pas de parapluie. L’enregistrement du rythme cardiaque des personnes et des chevaux révèle une augmentation lors de ce quatrième passage. Les auteurs supposent donc que les chevaux ont perçu la nervosité ou l’anxiété de la personne en main ou en selle. Le rythme cardiaque pourrait donc révéler une réponse psychologique.

Protocole

Dix chevaux sont menés en main par 20 personnes et 17 chevaux sont montés par 17 cavaliers. Tous les couples réalisent quatre passages d’un point de départ à un point d’arrivée séparés de 30 mètres, en ligne droite.
Chevaux et humains sont équipés d’un cardia-fréquencemètre afin d’enregistrer leur rythme cardiaque durant chacun des quatre passages. De plus, les expérimentateurs relèvent certains comportements des personnes et des chevaux.

Avant le quatrième passage, l’expérimentateur informe la personne à pied ou le cavalier que la personne située en bord de piste va ouvrir un parapluie. Le binôme cheval-humain part pour le quatrième test mais le parapluie n’est pas ouvert.

Résultats

La moyenne du rythme cardiaque des chevaux et des humains est plus élevée lors du premier et du quatrième passage que lors du second et du troisième passage. Ce résultat indique une transmission de la nervosité du cavalier/meneur au cheval. Les expérimentateurs ne relèvent cependant aucune différence de comportement de la personne ou du cheval entre les différents tests. Ils notent seulement une tendance à raccourcir les rênes chez les cavaliers lors du quatrième test sans que cela soit significatif.

Discussion et limites

Mesure du rythme cardiaque

Le rythme cardiaque est souvent pris comme indicateur de stress dans les études en éthologie. Même à l’arrêt, le rythme cardiaque augmente en cas de peur. Chez le cheval, les valeurs obtenues en cas de peur sont comparables au rythme cardiaque obtenu lors du galop.

Dans cette étude, les chercheurs ont regroupé les valeurs de tous les chevaux et de tous les humains pour chacun des passages. Nous n’avons donc pas accès aux valeurs individuelles. En outre, ils présentent des moyennes de différences de rythme cardiaque pour l’ensemble d’un passage. On ne peut donc voir ni les valeurs directement relevées par les expérimentateurs, ni la variation du rythme cardiaque en fonction du parcours (par exemple à 1 mètre, 5 mètres, 10 mètres, 20 mètres, 30 mètres).

Profil des cavaliers et perception des chevaux

Certains éléments du comportement du cavalier ont été notés, comme raccourcir les rênes, mais il n’a pas été observé de modification significative du comportement du cavalier. Cependant, avec l’exemple célèbre de Clever Hans, qui détectait des inclinaisons du corps de l’ordre de quelques millimètres chez ses spectateurs, il serait légitime d’analyser des éléments plus fins de la gestuelle ou de la posture de la personne, grâce notamment au développement de technologies comme les tapis à capteurs de pression.

Un point non discuté: les premier et dernier passages durant lesquels les rythmes cardiaques sont similaires.

Ce point n’est pas discuté par les auteurs alors qu’il fait partie des résultats. En effet, lors des quatre essais, le rythme cardiaque augmente lors du test où il est dit qu’un parapluie va s’ouvrir, et cette élévation est similaire au rythme cardiaque du premier test. Les auteurs notent une diminution du rythme cardiaque lors des tests 2 et 3, mais ne commentent pas le fait que les tests 1 et 4 soient comparables. Le rythme cardiaque des chevaux est même plus élevé lors du test 1 que dans le test 4, à pied ou monté. On pourrait plus largement discuter de l’effet du dispositif expérimental et des attentes des expérimentateurs sur les sujets de leur étude en terme de nervosité.


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[Résumé] La nervosité du cavalier se transmet-elle au cheval? Keeling, 2009
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